L’interview "Parcours" de Bernard Streit, fondateur de l'association Action Philippe Streit

Bonjour Monsieur Streit, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer brièvement votre parcours ?

Je suis Bernard Streit, entrepreneur industriel. J’ai dirigé pendant plus de quarante ans le groupe Delfingen, une entreprise familiale née à Anteuil, dans le Doubs, devenue sous ma direction un équipementier automobile de dimension mondiale. Après cette vie d’industriel, j’ai souhaité consacrer mon temps et mon énergie à un projet profondément personnel : l’inclusion par le travail des personnes en situation de handicap. J’ai fondé Action Philippe Streit, dont je suis aujourd’hui président bénévole.

 

Quel a été le cheminement pour arriver à la création de l’association Action Philippe Streit ? Quel est son but ?

Action Philippe Streit est née d’une promesse faite à mon frère Philippe, en situation de handicap, peu avant sa disparition. Il m’a demandé d’agir pour des personnes comme lui.

Le but de l’association est simple, mais répond à un besoin fondamental : permettre à des personnes handicapées, souvent cabossées par la vie, de retrouver une place, une dignité et une autonomie grâce au travail, dans un cadre adapté et bienveillant.

 

Cette création a-t-elle été dure ? Si oui, comment avez-vous réussi à surmonter les difficultés ?

Oui, c’est une aventure exigeante, humaine autant qu’économique. Créer des emplois adaptés, bâtir un écosystème, trouver les financements, convaincre… tout cela demande beaucoup de persévérance. J’ai avancé comme je l’ai toujours fait : en regardant le réel en face, en m’entourant de personnes à la fois très compétentes et très engagées dans le projet et en gardant le cap sur le sens de notre démarche.

Quels ont été les moments clés de votre évolution ?

La promesse faite à mon frère est évidemment fondatrice. Ensuite, la création des premières activités économiques (le centre de relation clients et l’atelier de maroquinerie) a été déterminante : elles ont prouvé qu’un modèle alliant exigence économique et inclusion était possible. Enfin, voir des salariés reprendre confiance, évoluer, devenir chefs d’équipe a été un tournant humain majeur.

 

Pourquoi le nom « Action Philippe Streit » ?

Parce que tout est parti de Philippe, de son histoire et de ce qu’il représentait. Ce nom est un hommage, mais aussi un rappel permanent : l’action doit toujours rester concrète et tournée vers les personnes.

 

Quelles sont vos réalisations et les actions phares à ce jour ?

L’écosystème Action Philippe Streit a permis la création de plus d’une centaine d’emplois en milieu rural, majoritairement occupés par des personnes en situation de handicap, à travers deux activités principales : un centre de relation clients et un atelier de maroquinerie haut de gamme.

Au-delà de l’emploi, nous avons construit un écosystème global : accompagnement personnalisé, aménagement des postes, solutions de mobilité, accès à la formation et aux soins. Un centre médico-sportif a notamment été créé, avec kinésithérapie, balnéothérapie et suivi médical, pour prendre en compte la santé comme une condition essentielle du retour à l’autonomie et au travail.

 

Combien de membres, de bénévoles compte votre association ; quelles sont ses ressources ?

L’écosystème porté par l’association regroupe aujourd’hui environ 130 salariés. Il s’appuie également sur un réseau d’environ 70 bénévoles, ainsi que sur des partenaires et des donateurs engagés. Les ressources reposent sur un modèle hybride : les résultats des entreprises adaptées, le mécénat, les dons et les subventions, avec un objectif clair de montée en autonomie économique.

Quel est votre rôle ?

Je suis président bénévole de l’association. Mon rôle est de fixer le cap, de représenter le projet auprès des acteurs extérieurs et de mettre au service de l’association l’expérience, le réseau et la crédibilité que j’ai acquis au cours de mon parcours industriel. Je suis aussi le garant du sens et des valeurs du projet, même si je m’appuie au quotidien sur une équipe formidable, profondément engagée et sensibilisée à ces enjeux.

 

Comment faites-vous pour vous faire connaître ?

Par la nature même de ce que nous faisons. L’écosystème Action Philippe Streit est devenu un acteur à part entière du territoire : emploi, santé, inclusion, lutte contre la fracture rurale…

Cette présence concrète crée naturellement des liens et du bouche-à-oreille. Pour rayonner au-delà du territoire, nous utilisons aussi les outils de communication actuels, notamment les réseaux sociaux, ainsi que les relais médiatiques. Mon parcours industriel et la notoriété qui y est associée nous donnent parfois accès à des espaces d’expression plus larges, que nous mettons au service du projet.

La publication récente de L’Ambition de la fraternité contribue, par exemple, à faire connaître l’action de l’association à un niveau national, non pour se mettre en avant, mais pour donner de la visibilité à ce modèle et à ceux qu’il accompagne.

 

Quelles sont vos ambitions et projets futurs pour l’association Action Philippe Streit ?

Nous souhaitons poursuivre le développement de l’écosystème et créer de nouveaux emplois, avec un objectif d’environ 230 postes à horizon 2028.Plusieurs projets structurants sont en cours, notamment la création d’un espace de restauration, et le renforcement des services d’accompagnement autour de la santé, de la formation et de la vie quotidienne.

L’enjeu est clair : consolider un modèle économiquement viable et humainement exigeant, démontrant que l’inclusion par le travail est possible et durable, y compris en milieu rural.

« La » grande qualité qu’un responsable associatif doit posséder ?

Je parlerais d’un triptyque qui m’a toujours guidé, déjà lorsque j’étais industriel : patience, bienveillance, exigence.

 

Vos plus grandes joies en tant que président de cette association ?

Voir des femmes et des hommes retrouver le plaisir de vivre. Quand quelqu’un reprend confiance, se projette, évolue professionnellement, ose dire « je suis bien ici », alors tout prend sens.

 

Vos plus grands regrets ?

J’essaie de ne pas en cultiver. Quand il y a un coup dur, il faut cicatriser vite. Si les plaies restent ouvertes, on n’avance pas. Je préfère tirer les leçons, puis regarder devant.

 

Ce que le monde associatif peut apporter à notre société ?

Le monde associatif apporte ce que ni le marché ni l’État ne peuvent faire seuls : de l’attention, de la fraternité, du lien humain. Il remet des visages derrière les chiffres et rappelle que la société se construit aussi à partir des plus fragiles.

Site Internet

 

https://actionphilippestreit.fr

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Allez les Françaises, Allez les Français – Février 2026

Crédits Photos : Belafilms

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Olivier Marone